"La révolution ne vient pas remplir une nécessité esthétique,
mais solutionner une série de problèmes d'ordre social qui sont posés."
Juan Garcia Oliver, juin 1936


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La lettre du Coquelicot n° 18 - avril 2018               EDITIONS DU COQUELICOT,  EDITIONS LIBERTAIRES DE TOULOUSE... ET DU RESTE DU MONDE ! BP 74078 / 31029 TOULOUSE CEDEX
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20 ans de prison
Les anarchistes dans les geôles franquistes

Joan Busquets Verges
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Note du traducteur, Renacer Soler :
[...] J’ai suivi, enfant et adolescent en exil, les hauts faits de ces guérilleros mythiques qui donnaient leur vie à cet idéal qui sera aussi le mien. J’ai vu ma mère pleurer trop souvent lorsque un tel ou tel autre qui était passé à la maison la semaine dernière était “tombé”. Je me suis donc attelé à cette tâche avec beaucoup de tendresse et plus de coeur que de tête. Dés le début j’ai compris l’impossibilité qui serait la mienne de rendre l’extraordinaire ambiance de cette période dans ce milieu anarcho-syndicaliste, ambiance si bien décrite par l’auteur, où il suffisait d’arriver en disant que l’on était un compañero pour que la porte s’ouvre, et que la compañera ajoute de l’eau à la soupe (comme disait Kropotkine en exil à Londres).[...] [...] Je ne sais si j’ai réussi à rendre la richesse de ce livre, contrepoint et interpénétration de l’autobiographie d’un homme, d’une période de l’histoire d’Espagne, de l’expression d’une idéologie inébranlable et d’une incroyable galerie de portraits.[...]

BILLET...
Les brigades internationales 
Les dialogues de Garcia Oliver (3)
EXTRAIT DES MÉMOIRES DE GARCIA OLIVER QUE NOUS AVONS ÉDITÉES EN FRANÇAIS 
Garcia Oliver, encore au Comité des milices de Catalogne, est aux prises ici avec le chef du gouvernement républicain Largo Caballero au sujet de la venue des brigades internationales :

"Aurelio Fernández avait su s’entourer de compagnons efficaces comme Luzbel Ruiz, « Barberillo » et Portela. Après notre départ du Club nautique, il avait installé les services de la Sûreté intérieure au Ministère de l’Intérieur. Un problème pas ordinaire l’inquiétait. Il m’informa que de nombreux contingents d’étrangers entraient en Espagne, qui disaient venir défendre notre cause. Ils arrivaient à Barcelone et continuaient le voyage vers le Levant jusqu’à un point de concentration à Albacete.
Qui répondait d’eux ? Ils n’étaient pas anarchistes. Les quelques anarchistes qui étaient venus s’étaient fait connaître à la Maison de la CNT-FAI. Ils devaient être socialistes ou communistes.(...). Je dis à Aurelio qu’on pouvait supposer que les socialistes et les communistes renforçaient leurs rangs avec des unités paramilitaires de « volontaires » étrangers et qu’ils pourraient devenir un sérieux problème pour nous.

- J’estime, lui dis-je, que le mieux est de fermer hermétiquement la frontière française à tous les étrangers qui veulent entrer en Espagne s’ils ne font pas partie de missions officielles confirmées par les organisations et partis qui forment le Comité des milices.
La frontière fut fermée à tout étranger non accrédité comme correspondant de presse ou en mission officielle. Les « volontaires » commencèrent à déambuler dans les villes frontalières françaises, emplissant les rues de Perpignan, Sète ou Marseille.
Quelques jours plus tard, on m’appela de Madrid. C’était Largo Caballero qui voulait me parler d’une affaire délicate. J’attendis en silence.
- On m’informe que vous avez fermé la frontière avec la France et que vous empêchez l’entrée d’étrangers, des amis ou sympathisants de notre cause et qui souhaitent nous aider à combattre les ennemis de la République. Est-ce vrai?

- C’est vrai. Nous ne pouvons ni ne devons oublier que c’est une lutte entre Espagnols.
- Les autres, répliqua vivement Largo Caballero, ils sont déjà aidés par les italiens...
Je l’interrompis :
- Par des unités régulières de l’armée, la marine ou l’aviation italiennes, ce qui n’est pas la même chose que ces volontaires qu’il faudra habiller, nourrir, armer et payer parce qu’ils arrivent en slip. Et nous avons besoin pour nos combattants de ces vêtements, ces équipements et ces armes. Je peux vous dire que nous ne manquons pas d’Espagnols prêts à se battre, par contre nous manquons d’armement et bientôt de munitions pour les fusils et les mitrailleuses.

- Je ne vous ai pas appelé pour parler de la bonne marche de la guerre mais parce que du point de vue constitutionnel et statutaire en ce qui concerne la Catalogne, le contrôle des frontières revient au gouvernement de Madrid et je vous prie d’accepter comme un ordre de mon gouvernement de laisser entrer librement les étrangers qui viennent grossir les unités internationales que nous projetons d’organiser.
- Je regrette, nous ne pourrons pas le faire au nom du gouvernement. Je dois vous dire qu’on ne sait même plus qui gouverne à Madrid ni qui nous gouvernera demain.
- Je savais bien que je ne pourrais pas m’entendre avec vous. Dois-je comprendre que le Comité des milices refuse d’obéir aux ordres du gouvernement que je préside?
- Oui, nous refusons d’obéir à vos ordres. Nous ne coopérerons qu’à ce que nous aurons convenu ensemble. Pour que nous nous entendions, je vous suggère de proposer dès que possible la création d’un organisme national pour la direction de la guerre, composé à parts égales par des représentants de la CNT et de l’UGT ou du Comité des milices antifascistes de Catalogne et du gouvernement de Madrid.

- Ne croyez-vous pas qu’avec une organisation de cette nature, on nous fermerait les portes partout au niveau international ?
- Ne me faites pas rire avec l’aide internationale. Si c’était vrai, vous n’essayeriez pas d’inclure ces unités internationales de communistes à l’armée républicaine. Vous savez aussi bien que moi que nous sommes seuls.
- Bon, coupa Largo Caballero, je vois bien que nous ne nous mettrons pas d’accord.
Effectivement, le gouvernement de Madrid prit des mesures pour rendre inefficace la décision du Comité des milices d’empêcher l’entrée des « volontaires » étrangers. Indalecio Prieto, ministre de la Marine et de l’Air, se chargea de les faire embarquer à Sète et à Marseille pour les amener par mer à Alicante ou Almeria, puis à Albacete. Là les attendait, comme l’a révélé plus tard la presse internationale, André Marty, homme de confiance de Staline."

Lire les ÉPISODES PRÉCÉDENTS :

- L'or de l'Espagne -
- Toute la pomme ou rien -


 
JUAN GARCIA OLIVER :
 
L'
ÉCHO DES PAS

Le livre épopée des mémoires de Juan Garcia Oliver / 640 pages / 25 €
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